Illustration générée par IA : Passage municipal fictif d’inspiration castillane au XVIIe siècle
Illustration générée par IA · lieu fictif, sans valeur de document historique ou de reportage

Histoire de la prostitution à Madrid : contrôler la ville et les déplacements

L’histoire de la prostitution à Madrid n’est pas seulement celle de lieux autorisés ou interdits. Elle éclaire aussi la manière dont les autorités veulent organiser la ville, surveiller les déplacements et définir les populations jugées problématiques. L’étude d’Olivier Caporossi sur les années 1606-1621 permet d’examiner ces questions à une échelle précise. [S1]

Cet article porte principalement sur le début du XVIIe siècle, avec un regard distinct sur des évolutions ultérieures rapportées dans un compte rendu historique. Il ne décrit ni les lieux actuels de prostitution ni le droit espagnol contemporain. Les décisions d’archives sont connues ici par les travaux consultés, pas par une lecture originale des dossiers.

Pourquoi le retour de la cour est-il important ?

Caporossi examine la volonté de faire de Madrid une vitrine de la monarchie après le retour de la cour. L’ordre urbain est confié à plusieurs institutions de justice et de gouvernement dont les compétences se rencontrent et se concurrencent. [S1, p. 751-752]

Cette « police » historique ne doit pas être confondue sans précaution avec une organisation policière actuelle. Dans l’étude, elle concerne une manière de gouverner le territoire, les conduites et les relations entre institutions.

Les mesures relatives à la prostitution prennent place dans ce cadre plus large. Elles ne constituent pas un domaine isolé de la gestion des rues, des déplacements, des tavernes ou des populations arrivant dans la ville. Lire une interdiction exige donc de comprendre quelle autorité intervient et dans quel objectif.

Quels acteurs cherchent à contrôler la ville ?

L’auteur analyse notamment le conseil de Castille, les juges de l’Hôtel et de la Cour — la Sala de Alcaldes de Casa y Corte —, le corrégidor et la junte royale du Bureau. [S1, p. 752] Ces noms ne désignent pas un seul commandement simple auquel toutes les interventions pourraient être attribuées.

Il montre également des difficultés de contrôle des personnels judiciaires et de leur activité. [S1, p. 756] Cette dimension institutionnelle compte : une décision prise ne signifie pas qu’un appareil homogène l’exécute parfaitement.

La prostitution devient ainsi un sujet de gouvernement urbain, à l’intersection des représentations morales, de la surveillance et des rapports entre autorités. Ce constat n’implique pas que les catégories utilisées par ces dernières soient neutres ou décrivent fidèlement toutes les personnes concernées.

La mancebía et la question des déplacements

Caporossi décrit une maison publique municipale, la mancebía, et les préoccupations que suscitent les déplacements des femmes qui lui sont associées. Un acte du 23 août 1612 interdit leur sortie libre ; en 1613, une nouvelle proclamation est demandée face à l’application jugée insuffisante. [S1, p. 768]

Ces éléments montrent la différence entre existence d’une règle et contrôle effectif des déplacements. La répétition d’une intervention constitue un indice de difficulté, pas la preuve d’un enfermement sans exception.

Dans le même passage, l’historien analyse des mesures visant les servantes et les jeunes femmes venues de l’extérieur. [S1, p. 768] Il faut éviter d’identifier automatiquement domesticité, mobilité et prostitution : ce rapprochement appartient aux inquiétudes et aux politiques décrites. Il ne devient pas une caractéristique naturelle de ces groupes.

Le projet de regroupement de 1617

L’étude rapporte une proposition présentée au roi le 11 janvier 1617 : regrouper les femmes visées par les autorités dans le secteur de Lavapiés, autour de la rue du Barranco. L’objectif annoncé est de faciliter les interventions et la surveillance, y compris médicale. [S1, p. 768-769]

Ces repères sont historiques et datés. Ils ne décrivent aucune activité contemporaine du quartier, et aucune adresse actuelle de prestation n’en est déduite.

Caporossi relève des décisions et des cas qui attestent une mise en œuvre. Il précise pourtant qu’on ne peut en conclure à une concentration complète de la prostitution : des interventions ultérieures concernent encore d’autres rues. [S1, p. 769]

Cette réserve est essentielle. Le document éclaire un projet de pouvoir et des actes concrets ; il ne permet pas de dessiner une carte parfaite de toutes les pratiques. La mobilité ne disparaît pas simplement parce qu’une autorité cherche à la limiter.

Que révèlent les catégories administratives ?

Dans les passages étudiés, les autorités rapprochent prostitution, vagabondage, désordre et difficulté de surveillance. [S1, p. 768-769] Il faut lire ces associations comme des éléments de leur discours, non les reprendre comme des jugements du média.

La source permet de poser plusieurs questions : qui est considéré comme installé légitimement ? Qui peut changer de rue ? Quels déplacements deviennent suspects ? Le territoire de la ville se construit aussi à travers ces classifications et ces interventions.

Mais les personnes ne se réduisent pas aux catégories d’une institution. Un acte de justice produit une qualification dans un contexte donné ; il ne raconte pas toute une vie. Cet article n’invente pas de voix individuelle ni d’expérience intime à partir des noms ou dossiers évoqués dans l’étude.

Pourquoi ne pas relier directement 1617 au XIXe siècle ?

Une continuité de vocabulaire ne prouve pas la permanence d’un même dispositif. Les autorités, les objets sanitaires et les documents évoluent. Pour les périodes contemporaines, le compte rendu de Marie-Angèle Orobon sur l’ouvrage de Jean-Louis Guereña décrit la diversité des réglementations locales espagnoles et le rôle de l’higiene especial. [S2, p. 662-663]

Ce compte rendu porte sur l’Espagne et ne constitue pas une monographie de Madrid. Il invite justement à distinguer les villes et les échelles. Les remarques sur la réglementation du XIXe siècle ne doivent pas être utilisées pour expliquer automatiquement les mesures prises au début du XVIIe.

PérimètreSource utiliséeQuestion étudiée ici
Madrid, 1606-1621Étude de Caporossi.Gouverner la ville, contrôler les déplacements et concentrer certaines activités.
Espagne contemporaine, avec exemples locauxCompte rendu d’Orobon de l’ouvrage de Guereña.Identifier un autre cadre de réglementation et éviter les continuités supposées.
Madrid aujourd’huiAucun dossier de terrain dans cet article.Aucune activité locale, adresse ou règle actuelle déduite du passé.

Les pourcentages et anecdotes statistiques rapportés dans le compte rendu ne sont pas repris : leur vérification exigerait de revenir aux sources et aux définitions employées. L’ouvrage recensé n’a pas été consulté directement.

Comment lire cette histoire sans fabriquer une carte actuelle ?

Une rue mentionnée dans une décision ancienne est un élément d’histoire urbaine. Elle ne suffit pas à caractériser les habitants, les établissements ou les pratiques d’aujourd’hui. Une localisation historique ne doit donc pas devenir une indication contemporaine par simple reprise du nom.

La démarche Lieux & réalités explique cette distinction. Le dossier Madrid, en espagnol relève d’un autre périmètre documentaire et n’est pas une traduction de cet article.

La comparaison avec les villes de la fin du Moyen Âge ou le réglementarisme parisien du XIXe siècle peut aider à poser des questions sur les sources. Elle ne rend pas leurs institutions identiques.

Questions fréquentes

La prostitution était-elle concentrée dans un seul secteur de Madrid ?

L’étude décrit un projet de regroupement en 1617 et des mesures d’application, mais refuse d’en conclure à une concentration complète. [S1, p. 769]

Le mot mancebía désigne-t-il ici un lieu actuel ?

Non. Il est utilisé pour l’établissement historique étudié par Caporossi au début du XVIIe siècle. [S1, p. 768]

Les textes du XVIIe siècle décrivent-ils le droit espagnol actuel ?

Non. Cet article n’est pas un guide juridique contemporain et n’actualise pas ces décisions anciennes comme des règles en vigueur.

Les archives originales ont-elles été lues par Taboo Review ?

Non. Les décisions et les cas sont rapportés à travers l’étude citée. Les cotes de sa bibliographie ne sont pas présentées comme des consultations de notre rédaction.

Sources et limites documentaires

[S1] Olivier Caporossi, « Restaurer la cour à Madrid (1606-1621). Une nouvelle police pour la Babylone du crime ? », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, 115-2, 2003, p. 751-776. Notice et passages OCR consultés le 18 octobre 2026 ; pages mobilisées surtout 751-752, 756 et 768-769. Les sources d’archives citées par l’auteur n’ont pas été vérifiées directement. La conclusion sur les limites du regroupement est conservée.

https://www.persee.fr/doc/mefr_1123-9891_2003_num_115_2_10064

[S2] Marie-Angèle Orobon, compte rendu de Jean-Louis Guereña, La prostitución en la España contemporánea, Bulletin hispanique, 107-2, 2005, p. 662-665. Quatre pages OCR consultées le 18 octobre 2026. Utilisé pour distinguer les cadres contemporains et les échelles locales, sans présenter le livre recensé comme directement lu.

https://www.persee.fr/doc/hispa_0007-4640_2005_num_107_2_5246_t1_0662_0000_2